Le Maroc rejette le fait d'être le "bouc émissaire" du conflit politique en Espagne et qu'il continue d'être pointé du doigt sans preuves

Le Maroc rejette le fait d'être le « bouc émissaire » du conflit politique en Espagne et qu'il continue d'être pointé du doigt sans preuves

MADRID, 10 (EUROPA PRESSE)

Le gouvernement marocain a prévenu jeudi qu'il ne se laisserait pas utiliser comme « bouc émissaire » dans le conflit politique en Espagne, critiquant le fait qu'il continue d'être pointé du doigt dans le cadre de l'entrée massive de migrants à Ceuta alors qu'il n'existe aucune preuve prouvant sa responsabilité, ainsi que le fait que ceux entrés illégalement n'ont pas encore été renvoyés malgré sa volonté de les réadmettre.

Dans une longue déclaration, au lendemain de la publication par le gouvernement des rapports de la CNI, de la Police et de la Garde civile relatifs aux événements de fin juillet à Ceuta, le ministère marocain des Affaires étrangères en a profité pour critiquer en particulier le PP, sans toutefois le mentionner expressément, avertissant que « l'aveuglement stratégique » ne peut que provoquer des « tensions récurrentes ».

Après avoir déploré l'instrumentalisation du royaume à des fins de politique intérieure en Espagne, Rabat juge « particulièrement regrettable que des partis historiques, ayant l'expérience de la gestion gouvernementale, soient tombés dans ce terrain marécageux où la rhétorique populiste et excessive l'emporte sur le bon sens ».

De même, il regrette que « des institutions législatives et judiciaires respectables se lancent dans des initiatives malheureuses qui ouvrent la voie à des désaccords », en allusion apparente à la démarche prise jeudi par le Congrès des députés pour donner le feu vert à la loi qui accordera la nationalité aux Sahraouis, en l'absence de l'approbation du Sénat.

Pour le royaume alaouite, « ces dérives, où le discernement cède la place au simplisme et l'analyse objective à l'accusation, s'inscrivent dans une stratégie de peur préjudiciable à tous ».

NI TRAITEMENT ÉLECTORALISTE NI SCAPYGOAT

Cela dit, le ministère des Affaires étrangères précise que « le Royaume du Maroc refuse d'être utilisé comme un atout électoral et n'accepte pas de devenir un bouc émissaire pour régler des comptes politiques » en Espagne, tout en avertissant que le voisinage entre les deux pays est « une réalité immuable ».

« Ce sont les dirigeants politiques qui, par leur courage et leur clairvoyance, font de (le quartier) un atout pour l'avenir », affirme le département dirigé par Naser Burita, avertissant qu'au contraire « l'aveuglement stratégique transformera cette capitale en une source de méfiance chronique et de tensions récurrentes ».

Concernant les événements de Ceuta, Rabat les juge « regrettables » et reconnaît qu'ils nécessitent « un examen approfondi pour définir leurs circonstances, identifier les ingérences, dénoncer les manipulations et surtout garantir qu'elles ne se reproduiront plus ».

Ainsi, après avoir souligné que le Maroc a souverainement choisi une relation de « bon voisinage » avec l'Espagne qui s'est traduite par des « résultats tangibles » sur les plans économique, sécuritaire et migratoire, le gouvernement marocain estime nécessaire, « loin de toute polémique », de répondre à une série de questions.

« Pourquoi les critiques contre le Maroc sont-elles maintenues alors qu'aucune donnée, aucun fait, ni aucun rapport n'établit une quelconque implication des autorités marocaines ? » » demande le ministère, après avoir pris connaissance des différents rapports des forces et organismes de sécurité, dans lesquels Rabat n'est pas tenu pour responsable bien qu'il parle de « passivité » et de « négligence » dans les agissements du 30 juillet.

De même, la question est de savoir pourquoi les migrants en situation irrégulière qui sont ensuite entrés à Ceuta et y restent encore n'ont pas été renvoyés malgré le fait que le gouvernement marocain « s'est officiellement engagé à les réadmettre » et, dans le cas des mineurs non accompagnés, pourquoi ils sont maintenus « loin de leurs familles alors que le Maroc a demandé à plusieurs reprises leur retour ».

A lire également