Le HCR Espagne demande de ne pas criminaliser les mineurs migrants fuyant la guerre et exige « responsabilité et empathie »
MADRID, 6 novembre () –
L'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a demandé jeudi de ne pas criminaliser les mineurs migrants fuyant la guerre et a appelé à « la responsabilité et l'empathie ».
Plus précisément, il demande d'éviter « les termes qui stigmatisent ou criminalisent les mineurs fuyant la guerre, la violence ou la persécution et contribuent à un récit fondé sur la dignité, l'humanité et les droits des enfants ».
« Protéger les enfants réfugiés n'est pas seulement une obligation internationale, mais aussi une responsabilité partagée et un investissement dans l'avenir de nos sociétés. Agir aujourd'hui avec responsabilité et empathie, c'est semer un avenir plus juste, inclusif et solidaire pour tous », a-t-il déclaré dans un communiqué.
En ce sens, le HCR estime que, depuis août 2023, environ 1 500 enfants arrivés aux îles Canaries ont demandé l’asile en Espagne. La majorité, soit environ 70%, est de nationalité malienne, suivie par les mineurs originaires d'autres pays d'Afrique de l'Ouest. Sur ce total, 9 % sont des filles et 22 % ont moins de 16 ans.
De même, il explique que parmi les mineurs qui arrivent sur les côtes espagnoles se trouvent des filles qui fuient « de graves violations des droits humains motivées par le genre, comme le mariage forcé ou la mutilation génitale féminine ».
Parallèlement, il souligne que d'autres mineurs ont subi « différents types de violences sans avoir pu accéder à des mécanismes de protection efficaces dans leur pays d'origine ». Il ajoute également que des cas ont été identifiés de mineurs ayant une orientation ou une identité sexuelle « diverse » qui sont confrontés à « la discrimination, des normes sociales restrictives et le manque de protection juridique », des situations qui, pour l'agence, « peuvent avoir des conséquences profondes et irréversibles sur leur développement physique, émotionnel et psychologique ».
Dans le même ordre d'idées, le HCR prévient que les mineurs qui arrivent seuls en Espagne sont confrontés à « de nombreux risques », notamment la traite des êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle ou économique, et d'autres formes « d'abus et de violence ». « De nombreux garçons et filles qui arrivent seuls en Espagne ont laissé derrière eux des foyers marqués par la guerre, la violence ou la persécution. Notre priorité est de garantir qu'ils reçoivent une protection, un soutien et un accès à des droits qu'ils ne pouvaient pas trouver dans leur pays d'origine », déclare la représentante du HCR en Espagne, Grainne O'Hara.
Parmi les mineurs non accompagnés arrivés en Espagne ces dernières années, un nombre important vient de pays du Sahel central, comme le Mali, où la violence, les conflits, l'instabilité et l'impact des crises climatiques ont provoqué le déplacement de plus de quatre millions de personnes. « Cette région connaît une grave détérioration de la sécurité, marquée par des attaques de groupes armés, des déplacements internes et la fuite de réfugiés vers les pays voisins, qui ont conduit de plus en plus d'enfants à emprunter des routes dangereuses à la recherche de sécurité en Europe », rappelle le HCR.
IDENTIFICATION DES MINEURS
Parmi les actions que l'agence mène pour soutenir les autorités espagnoles figurent la formation de professionnels et l'utilisation d'outils qui renforcent l'identification des enfants ayant besoin de protection internationale et de leurs besoins spécifiques.
Il contribue également à renforcer la coordination entre les différentes administrations chargées de la protection de ces enfants, « dans un contexte de contingence migratoire qui nécessite des réponses conjointes et efficaces ».
En collaboration avec Save the Children, le HCR a promu l'outil ETNNA (Needs Assessment of Foster Boys and Girls), qui permet une identification précoce des besoins en matière de protection, de santé, d'éducation et de soutien psychosocial.
Aux Îles Canaries, l'Agence travaille en collaboration avec les autorités et les responsables des centres où se trouvent les mineurs pour garantir un contact direct avec eux, comprendre leur situation individuelle, identifier leurs besoins spécifiques et contribuer à déterminer l'intérêt supérieur de chaque enfant. En outre, il leur fournit des informations et des conseils sur le système d'asile et leurs droits en Espagne.
De même, à travers son partenaire Accem, le HCR fournit un soutien avec des interprètes dans diverses langues africaines pour garantir que les enfants puissent communiquer dans leur langue maternelle, ce qu'il qualifie d'« essentiel à la fois pour bien comprendre leurs besoins et pour assurer une participation adéquate pendant la procédure d'asile ».
Enfin, il souligne qu'à ce jour, les autorités espagnoles ont accordé une protection dans 65 % des quelque 700 cas déjà résolus. Dans le cas des filles, ce pourcentage s'élève à 80%, en raison des formes spécifiques de persécution auxquelles elles sont confrontées en fonction de leur sexe.
