Des ONG dénoncent les "obstacles" des municipalités à l'enregistrement des migrants et des frais allant jusqu'à 500 euros pour des appartements suroccupés

Des ONG dénoncent les « obstacles » des municipalités à l'enregistrement des migrants et des frais allant jusqu'à 500 euros pour des appartements suroccupés

MADRID, 20 février ( ) –

Le Coordonnateur du Registre national des droits a présenté un rapport dans lequel il met en garde contre la « commercialisation » croissante du registre municipal et la consolidation d'un « vide administratif » qui laisse les migrants en dehors d'un accès effectif aux droits fondamentaux en Espagne.

Le coordinateur est composé du réseau de solidarité d'accueil, du coordinateur de quartier, de l'Union Manteros, de la Regularización Ya Valencia, d'Oxfam Intermón et de Red Acoge, entre autres.

Le document, intitulé « Le droit d'avoir des droits », affirme que les « obstacles » imposés par certaines municipalités génèrent un marché clandestin d'enregistrement et une exclusion qui touche des domaines tels que la santé, l'éducation, le logement, l'emploi ou la régularisation administrative.

Le registre, rappelle le rapport, n'accrédite pas un statut juridique en Espagne, mais plutôt une résidence effective dans une municipalité. Elle ne peut donc être conditionnée à la possession d’un contrat de location, d’un acte de propriété ou d’un titre de séjour valide.

Selon le Coordonnateur, lorsque l'administration rend difficile l'accès au registre, une demande est générée qui finit par être couverte par des réseaux informels. En ce sens, il souligne que dans différentes villes, des frais allant jusqu'à 500 euros ont été détectés pour l'enregistrement de personnes dans des appartements suroccupés, parfois avec des dizaines de personnes enregistrées dans le même logement, selon l'ONG Murcia Acoge.

Les ONG préviennent que ces pratiques, en plus d'être illégales, exposent les migrants à des situations « d'exploitation et d'endettement ». « Lutter contre la commercialisation du registre nécessite une volonté politique, une coordination inter-administrative et une empathie sociale », soulignent-ils dans le rapport.

Le document indique également que, selon les données de Médecins du Monde, au cours des trois dernières années, 28 700 personnes ont rencontré des obstacles pour accéder aux soins de santé ou aux traitements essentiels en raison de problèmes liés à l'inscription. Parmi eux se trouvaient 885 mineurs et 363 femmes enceintes qui rencontraient des difficultés pour bénéficier d'une assistance.

De même, il est indiqué que 61,4% des refus de santé enregistrés concernaient des femmes, ce qui montre un impact sur le genre. Les grossesses sans suivi prénatal, les mineures sans schéma vaccinal complet et les personnes atteintes de maladies chroniques sans contrôle médical font partie du scénario décrit.

De la même manière, dans le domaine de l’éducation, ils préviennent que le manque d’inscription peut retarder de plusieurs mois la scolarisation des mineurs. Sur le lieu de travail, cela rend la régularisation difficile en raison de l'enracinement et pousse de nombreuses personnes vers l'économie souterraine. Sans attestation d’enregistrement, l’accès aux aides sociales, aux logements sociaux ou encore l’ouverture de comptes bancaires est également bloqué.

Le rapport soutient que l'exclusion du registre affecte non seulement les personnes directement impliquées, mais également la gestion institutionnelle. « Si une commune n'enregistre pas une partie de ses voisins, elle recevra moins d'argent que ce dont elle aurait réellement besoin », dit-il.

Le document analyse également l'utilisation du registre comme outil de contrôle de l'immigration dans certains contextes politiques. Pour les ONG, refuser l’enregistrement ne réduit pas les flux migratoires, mais pousse plutôt les gens dans la clandestinité, rend difficile leur régularisation et alimente les économies informelles.

ILS EXIGENT DES MÉCANISMES AGILE

En ce sens, le Coordonnateur national de l'enregistrement de droit propose des mesures concrètes pour garantir le respect effectif de la réglementation : la création d'unités municipales spécialisées et formées à l'enregistrement ; la suppression des exigences non prévues par la loi ; des protocoles spécifiques pour les personnes sans adresse fixe ou dans les colonies ; la création d'un observatoire national de suivi des pratiques municipales ; et des mécanismes « accessibles, agiles et compréhensibles ».

« Tant qu'il y aura des femmes qui élèvent, soignent, travaillent et vivent dans nos villes sans être enregistrées, la démocratie sera incomplète », concluent-ils.

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