le chemin difficile des migrants dans les zones rurales d'Espagne
MADRID, 8 décembre ( ) –
La précarité de l'emploi, la ségrégation professionnelle, les difficultés d'accès au logement et la faible participation à la vie publique sont quelques-uns des aspects qui rendent difficile l'intégration des migrants dans les zones rurales.
Cela ressort clairement de l'étude « Le racisme structurel dans les zones rurales : une analyse sociologique de sa dynamique et de ses conséquences », réalisée par l'ONG d'action sociale Coceder avec le financement du ministère des Droits sociaux, de la Consommation et de l'Agenda 2030.
L'étude a analysé comment le racisme structurel est perçu et se manifeste dans l'Espagne rurale, en se concentrant sur les personnes racialisées et les groupes ethniques les plus présents dans nos régions, dont les processus de discrimination ont tendance à rester invisibles par les cadres analytiques conçus à partir des environnements urbains.
La recherche a combiné des techniques quantitatives et qualitatives, avec 64 entrevues auprès de professionnels, de dirigeants d'associations et de personnes racisées, ainsi que 13 groupes de discussion. Elle a été réalisée dans six régions rurales dans lesquelles sont présents des CDR associés : El Bierzo (Afa Bierzo), Carrión de los Condes (CDR Carrión de los Condes), Bajo Carrión-Ucieza (CDR Carrión y Ucieza), Verín (Portas Abertas), Alt Maestrat (CDR Alt Maestrat) et La Safor (CDR La Safor). La majorité sont des territoires intérieurs présentant une orographie complexe et des déficits structurels qui conditionnent la vie quotidienne.
L'analyse globale révèle un scénario marqué par la « vulnérabilité structurelle » des migrants et des Roms, caractérisée par la précarité de l'emploi, la ségrégation professionnelle, la difficulté d'accéder au logement et les opportunités limitées de mobilité sociale.
La division entre les sexes renforce les inégalités antérieures et les femmes migrantes se concentrent dans les soins et le nettoyage – le profil le plus exposé à la vulnérabilité – tandis que les hommes travaillent dans l'hôtellerie, l'agriculture ou la construction, presque toujours dans des postes subalternes.
« Sur le plan social et symbolique, la vision dominante place ces groupes dans des positions d'altérité; la racialisation opère à travers des mécanismes subtils – rumeurs, soupçons ou réputations collectives – qui établissent des frontières symboliques difficiles à identifier et qui, en l'absence de structures institutionnelles solides, restent souvent invisibles », selon le rapport.
À cela s'ajoute un système institutionnel qui approfondit la « distance entre la citoyenneté et les droits ». A titre d'exemple, le rapport mentionne la lenteur des procédures, les convocations tardives, le manque d'informations claires et la dépendance excessive à l'égard des ONG en tant que médiateurs.
« L'administration fonctionne ainsi comme un champ opaque qui reproduit les inégalités au lieu de les corriger. Au niveau participatif, l'exclusion est particulièrement visible », a-t-il ajouté.
Quant à la participation des migrants et des gitans aux associations ou aux espaces communautaires, elle reste « très faible en raison de barrières structurelles, culturelles et symboliques ». La sphère publique est ainsi pratiquement réservée à la population autochtone, tandis que de nombreux migrants limitent leur participation aux domaines de soutien religieux ou affectif.
La population rom est également confrontée à une dynamique de clientélisme électoral qui affaiblit sa réelle influence politique. La fragilité du tissu associatif et la rareté des ressources publiques renforcent cette déconnexion.
HIÉRARCHIES INTERNES ENTRE GROUPES RACIALISÉS
L’étude identifie également des hiérarchies internes entre les groupes racialisés, déterminées par la langue, le pays d’origine, la religion ou l’origine ethnique, démontrant ainsi comment différentes formes de discrimination se chevauchent et opèrent simultanément.
Dans ce contexte, les auteurs de l'étude considèrent que « les politiques anti-discriminatoires, conçues dans une perspective urbaine, ne répondent pas aux caractéristiques des zones rurales, où les relations en face-à-face et l'appartenance communautaire jouent un rôle déterminant ».
Ses recommandations incluent le renforcement de la sensibilisation et de la formation du personnel technique et des citoyens, le renforcement de la collaboration avec les universités, la consolidation des processus communautaires participatifs, la promotion du réseautage pour la défense des droits et la promotion des bonnes pratiques, notamment à travers la jeunesse et la communication numérique.
